Dakhla → El Guerguarat : l’aventure marocaine se termine ici

Mardi 31 mai, derniers préparatifs avant le voyage

Yo la famille,

Il fait beau ce matin sur Dakhla, il est 7H30 quand je me réveille. Papis m’avais dit qu’ils se lèveraient à 8H, j’avais mis trois réveils pour pas me louper je me suis lever au premier, chose assez rare pour le souligner. Je vais direct à la douche, en sortant de la chambre je croise Papis et Samba, eux aussi se sont levés tôt. Papis m’explique que comme tout le monde est levé on part au plus tôt de l’hôtel car ils ont encore quelques achats à faire en ville. Ils espèrent avoir quitté la ville avant midi pour être à la frontière le soir et pouvoir profiter du convoi pour le Mali le soir même. Ah oui, j’ai oublié de le préciser mais les véhicules seront vendus au Mali plutôt qu’au Sénégal, c’est plus avantageux. Apparemment les convois c’est que le soir, Mr Saïd m’a dit lui que c’était que le matin, peu importe on verra bien une fois sur place. C’est le grand départ vers une étape clé de mon voyage et même si je ne voulais pas être impatient, je le suis quand même. Jamais facile de faire face à ses sentiments et ses interrogations. Alors vraiment, je me stress pas, surtout que je vais arriver trop tôt à Saint Louis, je vais peut être d’abord me diriger sur Dakar. De toute façon c’est la Mauritanie qui m’attends en premeir, et tout le monde m’en dit du mal ! Que se soit la famille et les amis en France qui m’ont mis mainte fois en garde contre le terrorisme.

Dakhla Roof

Terrorisme ? Personnellement, je ne suis pas sur du terme, ce qui se passe en Mauritanie-Sahara Occidental-Nord Mali est plutôt une guerre d’indépendance due à une décolonisation sauvage où le Blanc, en bon père paternaliste, s’est permis de tracer des frontières à la règle sans tenir compte des peuples qui vivaient sur le territoire. Je préfère garder un sentiment de neutralité face à tous ça, la violence et la guerre ne seront jamais de mon coté. Il est compliqué de juger quand on regarde tout ça derrière un écran qui diffusent des images forcément orientées. C’est le jeux de la propagande, chacun la sienne quand deux camps sont en guerre. La majorité des guerres en Afrique reposent sur ces frontières blanches, permettant à l’occident, avec l’appui de ses gouvernements africains de façade, de s’approprier les ressources du sol. Il parait que la tendance change, Les chinois et les Émirats du Golfe sont en train de prendre le relais ! Mais l’Afrique l’a toujours dans le cul … pffff mais quel monde de merde ! Donc oui, tout le monde m’a dit de me méfier en Mauritanie, mon entourage en France comme les marocains de Dakhla, même des sahraouis du Sahara Occidental, ou les sénégalais que j’ai pu croisé ici. Paraît que c’est chaud patate !

Western Sahara Landscapes

J’avance à petits pas sur la route de mon voyage initiatique, Il m’a fallu traverser le Maroc pour commencer à me désoccidentalisé. J’ai quelques restes, le fait d’avoir pris tous mes repas au French Burger me le prouve, le fait de toujours être accro aux boissons sucrées et gazeuse est une autre preuve. Par contre le fait de tout regarder avec mes yeux d’enfant me laisse à penser que je suis sur la bonne voie. Le Maroc m’a prouvé un truc : même si nos anciennes colonies s’occidentalisent et se tourne vers une société de consommation, il existe pour l’instant toujours une solidarité intense qui à complètement disparu en Europe. Ça me donne espoir que ces gens ne tombent pas dans nos travers et apprennent peut être de nos erreurs … Africa Is The Future, Prems avait raison. Si la Terre peu encore être sauvé c’est sur l’Afrique que repose notre espoir, rien que le Maroc à suffit à me le prouver et je ne doute pas que la suite de mon voyage confirmera cette première impression.

Western Sahara Landscapes

À la recherche de poubelles !

Nous quittons l’hôtel vers 9H30 et nous mettons en quête de notre Graal matinal : des poubelles ! Dis comme ça ça peut paraître bizarre mais pourtant c’est bien notre quête de ce matin. Quand Ils ont passé la douane à Tanger, où le camion à été bloqué cinq jours, ont leur a demander une caution de 2500€ pour tout ce qui se trouvait dedans, pour récupérer la caution il faut que le chargement y soit encore, hors beaucoup d’objets ont étés vendus au Maroc. Nous commençons par un réparateur d’électroménager dans le centre de Dakhla. La « boutique » est remplie de frigo, congélateurs et autres appareils complètement rouillés. Ici tout se répare, tout se vend. Le recyclage est né en Afrique, ce n’est pas une question écologique mais économique, et quand on parle de thunes tout est plus facile, surtout ici où l’argent garde son importance même si le rapport que l’on entretien avec lui n’a rien à voir avec celui de l’Europe.

Dakhla Roof

Kader négocie avec le vendeur pour la carcasse rouillée d’un congélateur d’un autre temps. Quand je dis carcasse, c’est vraiment carcasse, il n’y a plus de moteur, plus de tuyaux plus rien. La négociation est longue, car 15€ pour ce tas de ferraille ça fait cher ! Mais le vendeur sait pourquoi on en a besoin et il compte pas baissé ses tarifs. Après une bonne demi heure de palabres le prix n’a pas bouger d’un iota, Kader abdique et donnera les 150 dirhams. En France tu paies pour jeter tes merdes à la déchetterie, ici tu paies pour acheter des merdes inutilisables. On appel ça la loi du marché il paraît, j’avoue que tout ça me dépasse ! Une fois le congélo récupérer il nous faudra encore trouver un vieux meubles, un ventilateur et d’autres babioles. Pour ça on va à la déchetterie de la ville. C’est un grand entrepôt à ciel ouvert rempli de petites bicoques. Il est déjà 11H mais tout est fermé. On restes aux véhicules avec Samba, pendant que Papis et Kader font le tour afin de trouver ce qu’il nous manque. Ça prendra encore 45 minutes avant que l’on décolle enfin . Kader et Samba montent dans le camion frigorifique, Papis et moi on fera le voyage dans la Merco.

Dakhla Street

Dakhla → El Guerguarat : un soleil de plomb entre azur et or blanc

Nous sortons de la ville, premier contrôle des passeports au poste de police à la sortie de la ville. Les flics marocains qui étaient si gentil avec le touriste français ont changé de visage. Le contrôle se passe bien mais le sourire et la politesse à laquelle j’ai eu droit ont disparu, je suis avec un sénégalais maintenant. J’avais oublié les images que j’avais vu sur les réseaux sociaux sur le racisme au Maroc, sur ces africains de l’ouest qui essayent de rejoindre l’Europe et finissent roués de coups dans les ruelles des villes marocaines. Le racisme est universel, c’est dans les gènes de cette espèce dégénérée qu’est l’humanité, et il se ressent directement. On donne la destination, Dakar, on donne les passeports rouges, le sésame qui permet de traverser le monde sans incident. Le flic nous dévisage, regarde les photos, nous dévisage, regarde les photos, un sentiment d’angoisse m’envahie quand je me rappelle la scène de la veille à Dakhla ou un marocain m’a parlé cinq minutes en arabe sans comprendre pourquoi je lui répondais pas. Quand je lui est dit que je venais de France il comprenais pas que j’ai pas appris ma langue maternelle en France et quand je lui est dit que j’étais français il m’a dit que je ressemblais à un pur marocain … alors mon angoisse c’est que ce flic pense que je suis un marocain qui à voler le passeport d’un touriste. Finalement on récupère nos passeport et on roule jusqu’à K25 le contrôle de la gendarmerie royale ou le scénario est quasiment le même en un peu plus cool. Encore quelques kilomètres et l’on rejoint la station service avant de reprendre la route principale qui se dirige vers la frontière mauritanienne.

Western Sahara gas station

Western Sahara Landscapes

La route est longue, droite, un peu vallonnée. Sur ma gauche du sable plutôt blanc, sur ma droite un océan plutôt bleu et devant moi un long ruban d’asphalte interminable. On roule toute fenêtre ouverte, je passe régulièrement la main dehors pour faire des photos, à 90km/h l’air ne refroidit même pas ma main … On profite du voyage pour entamer des discussions avec Papis, sur la situation en France, au Sénégal, sur nos élites politiques qui quelques soient le pays usent des mêmes artifices et des mêmes recettes pour manipuler leur peuple et les maintenir dans l’ignorance. C’est cool d’avoir ce genre de discussion mais parfois ça déprime un peu, car je me demande toujours comment on pourrait voir le bout du tunnel …

Western Sahara Landscapes

Western Sahara Landscapes

Alors je regarde les paysages, ils sont magnifiques ! Le désert ça pourrait sembler monotone mais en réalité c’est riche et varié, des rochers par ici, des dunes par là, du plat, des petites collines, l’eau de l’océan et le ciel qui se confondent. Quand on discute pas avec Papis je pense à mon arrivée au Sénégal, aux raisons qui me poussent au fond de mon cœur à cette étape qui risque d’être fatale à mon esprit. On m’a pourtant prévenu, une fois en janvier en France, une fois lors de mon séjour à Sidi Ifni, mais je m’entête, et j’avance vers mon destin.

Western Sahara Landscapes

Western Sahara Landscapes

On passe encore quelques contrôles de gendarmerie royale, des contrôles fixes ou des contrôles mobiles, parfois on nous laisse passer sans rien nous demander, il fait chaud, ils ont pas trop envie de sortir de l’ombre. Régulièrement on ralenti, Samba et Kader roulent moins vite que nous, le camion frigorifique supporte moins bien le trajet, le moteur chauffe. Je n’est aucune idée de la température extérieur mais il doit faire vraiment chaud pour que l’air qui rentre dans l’habitacle soit aussi étouffant.

Western Sahara Landscapes

Western Sahara Landscapes

Vers 16H on fait une pause dans un resto-hôtel-station service-boutique-mosquée au bord de la route. On profite pour aller aux toilettes, elles sont dégueullasse, ça pue la pisse, la merde … y a pas d’eau à mettre dans le seau, faut venir avec sa bouteille et son masque à gaz ! Ensuite on se prend un petit en-cas, du poulet avec pas grand-chose pour accompagner. Un café pas terrible pour les uns, un thé pas meilleur pour les autres, et cet hôtel qui pue le luxe en apparence se révèle être un vrai taudis. Le personnel est bien habillé, de manière chic, mais c’est que de l’illusion, de toute façon il y a rien dans un rayon de cent bornes alors tu veux aller où ? La loi du monopole. Je vais acheter un paquet de clope, 25 dirhams au lieu de 32, c’est des clopes mauritaniennes, elles arrachent les poumons et moi qui croyait avoir fait une bonne affaire, je me rendrais compte une fois en Mauritanie que je me suis bien fait arnaquer.

Desert Hotel

Western Sahara Landscapes

On repart, la frontière n’est plus très loin maintenant, on devrait y arriver dans une heure, plus ou moins, difficile de dire, le camion sent vraiment le chaud et le plastique brulé… On repart et on enchaîne les paysages, on voit de grandes antennes radio par endroit, et sur le poste de radio de la voiture on capte des chaînes espagnoles, de l’autre coté de cette étendue bleue c’est les Canaries.

Western Sahara Landscapes

Western Sahara Landscapes

A la radio c’est les infos, je comprends pas l’espagnole mais je comprends des mots comme « Paris » , « CGT », en France la lutte continue, une lutte sans espoir, je m’en rends compte au milieu de ce désert, car de toute façon l’avis des gens l’état s’en branle. On avait voter non à l’Europe, on a eu l’Europe, c’est l’exemple le plus parlant mais au final aucune manif ne sert car on gueule, on nous fait croire qu’on est entendu, mais au final la loi passe en juillet août quand tous sont en vacances. Coluche nous avait prévenu, la démocratie c’est cause toujours et l’illusion continue, le monde d’Hollywood, de la réalité virtuelle, mes pensées divaguent au son de la radio et je m’interroge de plus en plus sur l’avenir de notre monde. On parle de la Syrie, des russes et des ricains sur cette radio, je comprends toujours pas ce qui se raconte mais j’ai pas de mal à imaginer : deux super puissances se font la guerre par alliés interposés pour contrôler le pétrole. Mon Dieu que l’Homme est stupide, le pétrole nous tue et on se bat pour l’avoir …

Western Sahara Landscapes

Western Sahara Landscapes

La radio se tait, pendant une bonne dizaine de minute la recherche automatique tourne en boucle, on est dans une zone blanche. Je pense à une amie en France, elle est électro-hyper-sensible, le prochain désastre sanitaire de l’humanité, elle serait bien ici mais bon y’a rien c’est le désert alors comment y vivre. On reprends les discussions avec Papis, l’actualité nous fait sourire car de toute façon qu’est ce qu’il nous reste à part l’humour ? Ce monde part vraiment en couille et le temps s’accélère …

Western Sahara Landscapes

El Guerguarat, le poste de frontière coté marocain

La frontière est en vue, enfin, une longue file de camions chargés de fruits, de légumes serpente devant nous, on s’arrête à la station service, personne n’est là pour vendre de l’essence. Il y a une deuxième station un peu plus loin … même scénario, personne ne sort … on retourne à la première et on arrive enfin à se faire servir. La station est vieille, rouillée, on pourrait la croire abandonnée mais non. On fait le plein de la voiture, le plein du camion et on se lance vers le poste de frontière, il est 17H30 la frontière ferme dans trente minutes.

El Guerguarat

Trucks at El Guerguarat

On passe donc la longue file de camion qui devra passé demain surement, il y a du passage ici, il faut prendre son mal en patiente, on se demande nous même si on pourra passé. Devant les grilles d’entrée du poste frontière deux militaires marocains montent la garde, ils nous font signe de passer, la merco s’engage et le petit camion frigorifique est bloqué, il doit retourné faire la queue derrière les gros semi-remorques car il doit passer au scanner. Kader et Samba vont devoir entamer des négociations, expliqué que les deux véhicules sont en convois. Les négociations se feront par étapes, d’abord après une discussion avec un militaire le camion pourra se mettre en tête de la file d’attente, puis il faudra hlissé discrètement un petit billet pour que le camion passe les portes et se retrouve dans la zone de contrôle des douanes marocaines. Il est 18H nos chances de passer la frontière mauritanienne sont mortes.

Rusted Gas Station

Rusted Gas Station

De notre coté avec Papis ont fait tamponné nos passeports pour la sortie du territoire, on explique la situation au gars qui tamponne, Papis le connaît il à l’habitude de passer ici et place toujours un petit billet pour garder le bon contact. Le bakchich est pas énorme de l’ordre de 50 dirhams, mais il suffit à ce que lui aussi interfère pour que nos amis dans le camion puissent nous suivre. Une fois le camion dans la zone de contrôle il faut qu’il passe le scaner on s’inquiète de savoir ou on va passer la nuit, par chance on avait oublier le décallage horraire, il n’est que 17H en Mauritanie ! La voiture passe à la douane, on ouvre le coffre, Papis à un sac remplie de babouche qu’il ramène au Sénégal, des « souvenirs », le douanier y croit pas trop mais ferme les yeux, pour cette fois. Le douanier discute un peu avec moi, mais on ne contrôle pas mon sac à dos. À 18H30 le camion à enfin été scanné, un douanier le contrôle de visu pour voir si tout y est, il faut récupérer la caution laissé à Tanger. Lui non plus ne croit pas une seconde que les poubelles qu’on transporte viennent d’Europe, mais encore une fois un billet discrètement glissé nous aidera à passer, enfin deux car la somme ne satisfaisait pas le douanier. Tout se paye ici, on ferme les yeux, c’est pas grave ça implique pas grand-chose, après tout ce n’est qu’une vieille carcasse de congélo et deux trois merdes qui traînent, pas de quoi casser trois pattes à un canard.

Western Sahara Landscapes

Nous voilà près à entrer dans le no man’s land entre les deux frontières, la suite prochainement, au grès des connexions et des envies aussi.

Paix et Amour

Slim Sacquet

Facebooktwittergoogle_plus

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire