Dakhla : Le calme avant la tempête !

Yo la famille,

Me voici à Dakhla, nous sommes le vendredi 27 mai il est 7H du matin.

À la recherche des tribus d’Éole.

En descendant du bus, j’assiste à un magnifique lever de soleil. La ville est complètement déserte, seuls quelques taxis tricycles attendent pour charger les éventuels passager qui descendent du bus. Moi je décide de marcher un peu à la recherche de la plage, je vais bien trouver des windsurfers quelques part, c’est quand même le lieu du Sahara Occidental pour la pratique de ce sport. Je dois aussi appeler Asri pour lui signaler mon arrivée sur Dakhla, il doit me mettre en contact avec son pote Aziz qui habite sur place. Il est quand même tôt pour ça, la recherche de la plage m’occupera en attendant une heure plus décente. Je commence par remonter une longue place ou juste les trottoirs sont construits, au milieu un grand terrain vague. Dakhla est une ville en plein extension économique, et tout est en construction. C’est ce qui me frappe très vite. La majorité des maisons sont habitable au rez de chaussé, mais au dessus les murs ne sont pas finis. On dirait une ville bombardée. Je tourne une bonne heure a chercher la plage. Je tombe sur le coté lagune, pas de plage, une petite falaise d’environ deux mètres de hauteur me barre le chemin.

L'afrique est en face

Dakhla Street

En repartant dans l’autre sens je ne trouverais jamais la plage. Cette péninsule qui fait face au désert est beaucoup plus large que ce que je m’attendais. Au final, résigné par mon incapacité à venir à bout de mes recherches, je commence a demander aux quelques personnes que je croisent où se trouvent les plages pour le windsurf. Très vite je choppe une information : « K25 ». C’est un vigile de la gare routière de Dakhla qui me dit ça, il me dit que c’est loin que quelqu’un va m’y emmener, cependant il va quand même essayer de me trouver quelqu’un. Et le voilà parti à arrêter tous véhicule capable de me transporter là bas. Personne veut y aller, au final un gars en bécane me prends sur son porte bagage et m’emmène à la station de taxi. Sans casque à 70km dans la ville avec mon sac de 17 kilos sur le dos, totale confiance dans le pilote, je gère au mieux les virages afin de pas le déséquilibrer bêtement. On arrive à la station de taxi, je me renseigne sur le prix : 120 dirhams !!! Trop cher pour moi, je vais y aller par mes propres moyens. On m’explique que si le taxi est plein ça coûte que 20 dirhams, normal c’est un taxi six places : deux sur le siège passager, quatre derrière ! A part qu’à cette heure ci peu de chance que le taxi se remplisse, les chauffeurs attendent en sirotant un thé ou un café.

Dakhla Street

L'aprenti-sage

Je prends donc la direction de K25, apparemment c’est avant d’arriver sur Dakhla. Je longe l’aéroport militaire de la ville en direction du nord. Mauvais choix stratégique, c’est le mauvais coté, la route est en travaux, personne ne passe par là. Le stop c’est loupé. Il est que 9H30 mais la chaleur est déjà suffocante. Et puis l’aéroport est long, peut être trois ou quatre kilomètres, j’en ai marre. Je vois une route sur ma gauche, il me suffirait de marcher cinq cent mètres dans le désert entre les deux routes pour les rejoindre. Je décide de faire ça. Une fois sur la route je commence le stop, personne ne s’arrête. Très vite je vois un gars sur une vieille mobylette orange, une 102 ou une 103 peut être, pour les connaisseurs. Je l’arrête et lui demande si c’est la bonne route pour K25. Pas du tout, c’est celle qui est de l’autre coté de l’aéroport. On se comprend pas trop, lui baragouinant a peine plus de mots en français que moi en arabe. Il me fait signe de monter derrière lui, il va me mettre sur la bonne route. Je monte directement sur le porte bagage, avec toujours mon sac de 17 kilos. Rien a voir avec la moto de tout à l’heure. Le porte bagage me défonce le cul, mes jambes sont trop longues et touchent le sol, obligé de les garder pliées de trouver un équilibre pour pas tomber. Au bout de 200 mètres je commence à tétaniser. Je choppe donc mes deux chevilles avec les mains et on part pour rejoindre la route de K25 ainsi. Un vrai numéro de cirque, Il nous faudra presque dix minutes à une vitesse de 15 km/h pour atteindre un rond point où mon pilote de taxi-mob improvisé me dépose. Il me conseille de faire du stop car le K25 c’est loin. Bon, je me décide quand même à poser la question fatidique. Loin comment ? Ben ducon, le K25 comme son non l’indique c’est à 25 Km de l’entrée de la ville. Bon il a pas dit ducon, mais son sourire l’exprimait tellement que la réalité ma sauté au visage. Ben oui, c’est logique K25, kilomètre 25 !

Dakhla Place

Dakhla military airport

Je commence le stop, mais personne ne s’arrête. Un taxi s’arrête il lui reste une place et me propose la course pour 20 dirhams. Dois-je rajouter que le chauffeur est celui qui se proposait y a un peu plus d’une heure pour faire le trajet seul ou d’attendre que des gens arrivent. Bon, du coup j’arrive à K25 après le contrôle de police à l’entrée de la ville et le contrôle de gendarmerie au kilomètre 25. C’est pile à la séparation de la presqu’île avec le continent. C’est magnifique question paysage.

K25 - La lagune

K25 - La lagune

K25 : du kite, du touriste, la recette parfaite pour te la mettre salée.

Je voit des bâtiments, je me pose, commande un soda histoire de me rafraîchir un peu. 15 dirhams, la on est chez les touristes c’est sur… Je commence a avoir faim, mais je laisse tomber le projet. Il est 11H, j’appelle Asri qui appel Aziz, me rappel, me dit qu’il arrive pas à l’avoir, m’envoie son tel, je l’appel moi même, répondeur. Je me dis que j’appellerais un peu plus tard, J’en profite pour rattraper le retard accumuler sur les articles et passe une petite heure à tapoter sur le pc, sous l’abri de la terrasse. Il fait vraiment chaud et le vent n’est pas assez fort pour rafraîchir. Je décide d’aller voir du coté de la lagune entre les deux bandes de terre, et aller me tremper un peu histoire de me prendre une petite douche à l’eau salée.

K25

K25 - La lagune

C’est vraiment trop beau. Je contourne un gros monticule rocheux ou se trouve un autre camp de touriste et regarde la mer avec envie. Je me trouve un coin à l’abri des regards, je me met en maillot de bain et vais me piquer une petite tête dans la lagune. L’eau est chaude, la pente est douce et de multiples poissons me passent entre les jambes. Par contre au bout d’une centaine de mètres l’eau ne m’arrive toujours pas aux genoux. Obligé de m’allonger dans l’eau, je ne veux pas trop m’éloigner de mon sac. Je me lave vite fait au sable et à l’eau de mer, ça éliminera pas tout mais au moins la crasse accumulée au cours du trajet et dans la matinée, car le désert c’est poussiéreux. La fin me tenaille, pas de news d’Aziz ou d’Asri, je vais voir si y a moyen de manger un truc. Je vais dans le camp des kitesurfers juste à coté. Il est tenu par des anglais, je discute un peu, demande si c’est possible de manger, on me dit oui mais c’est compris dans le prix des chambres. Je me dis que les chambres sont sûrement chères, alors je demande si y a un hôtel pas trop cher en ville. L’anglaise qui s’occupe de la réception me dit qu’elle peut me faire une tente à 40 que normalement c’est 50 mais comme je suis tout seul et que c’est des tentes deux places elle consent à cette réduction. Naïf comme je suis, je comprends 40 dirhams, je dis ok, du coup elle demande au cuistot de me faire réchauffer le couscous. On m’amène le pire couscous que j’ai jamais mangé, dégueulasse n’est même pas un mot assez fort, et en plus mal réchauffer, il est a peine chaud voir complètement froid. Je suis vite écœurer et j’en laisse la moitié. On m’a amené un thé encore pire que le couscous, amer et trop infusé, à peine sucré, à l’européenne quoi … il y a aussi quelques pâtisseries qui comparée au reste sont presque délicieuses.

K25 - La lagune

Une fois le repas finis je retourne discuter avec l’anglaise pour savoir comment on fait pour la tente. La elle me demande 40€ !!! Je lui dit que j’avais pas compris ça, que c’est bien trop cher pour mon budget. Je demande combien je dois pour le couscous, je m’attends au pire ! Déjà 40€ pour dormir dans une tente, même si il y a un vrai lit dedans c’est abusé, mais la on m’affiche le couscous à 15€ !! Je paye avec la mort dans le cul, 150 dirhams j’y gagne un peu sur la conversion. Je connais des restos sur Lyon ou tu mange des meilleurs couscous pour bien moins cher ! C’est le moment qu’Aziz choisi pour me rappeler, Il m’explique qu’il va me loger pour la nuit et que demain il m’aidera a trouver un hôtel car il est complet. Il loue lui même des chambres en ville. Il me donne le nom du quartier ou il habite et me donne rendez vous la bas vers 17H30 – 18H. Je retourne admirer la beauté de la lagune et bronzer un peu. Vers 15H, commençant a avoir soif, n’ayant plus rien à boire il est tant pour moi de partir avant qu’on me propose une bouteille d’eau à 50 dirhams. je me redirige vers le poste de gendarmerie limitrophe au camp des touristes.

J’avoue, j’aime les flics marocains !

Ce que je vais vivre en passant ce poste de police est incroyable. J’ai essayé d’imaginer la même scène en France, impossible, j’ai tourné ça dans ma tête dans tous les sens, avec un touriste marocain, un touriste américain peut être … non pas possible. Le suspens a assez duré, je me lance !

Slim Sacquet fait du stop

Quand j’arrive à hauteur du gendarme qui arrête les voitures et contrôle les papiers, sans exception. je lui tends mon passeport. Je fais un trait d’humour en lui disant que comme je passe à pied je suppose que je devrais pouvoir échapper au contrôle. Il se marre et me dit que même si je passais en chameau il me demanderais mes papiers. Il me demande ou je vais, je lui réponds que je vais profiter que les voitures sont obligés de s’arrêter pour faire du stop juste après le poste de contrôle. Le flic se marre de nouveau et me dis que je vais pas faire du stop, que c’est lui qui va faire du stop pour moi. J’avoue que je comprends pas trop la démarche et je l’interroge sur le pourquoi de cette décision.

« Nous on fait du stop pour toi comme ça on sait dans quelle voiture tu es parti, si y a un problème.

– C’est gentil, merci mais vous dérangez pas, je me débrouille.

– Non monsieur Sacquet, toi tu attends moi je fais le stop. Tu as mangé ? Il nous reste du tajin.

– Euh … oui j’ai mangé, c’est gentil »

On discute une bonne vingtaine de minutes avant que passe le premier camion, il m’explique que c’est vendredi, les gens vont à la mosquée alors y a pas beaucoup de circulation. Il regrette que les marocains voient leur religion comme une tradition. Il me dit que les gens vont juste à la prière du vendredi, mais que le reste de la semaine il en ont rien à faire. Que le ramadan c’est pareil, les marocains sont pieux que pendant cette période car si tu ne prie pas ton ramadan à aucune valeur…

Abords de Dakhla

Le camion est plein, cinq minutes après arrivent une voiture vitre teinté, rap à fond. À l’intérieur deux Sahraouis casquette à l’envers, l’un en survet et T shirt large, l’autre en short aux couleurs des Bulls, torse nu, avec par dessus leur « poncho » traditionnel sahraoui … Il serre la main au gendarme, discute un peu en arabe, le chauffeur descend, m’ouvre le coffre pour que je mette mon barda. Ce qui me fait le plus triper dans cette scène, c’est que le flics demande pas les papiers à ces deux lascars sahraouis, ils se connaissent en fait. Après avoir halluciné sur les flics qui font du stop pour moi et me propose de partager leur repas je me rends compte que le mec qui avait l’air attaché aux valeurs d’antan et regrettais que l’islam devienne une tradition pour les marocains, ce même mec connaît des sahraouis fans d’Eminem. T’imagine ça toi en France ? Je découvre des valeurs humaines et de tolérance qui manquent tellement par chez nous, surtout en ce moment.

Dakhla Street

Je pars avec eux à fond la caisse avec Eminem dans les oreilles, on arrive devant le barrage de la ville avec la police, il s’arrête, parlent avec le flic comme si c’était leur pote, aucun contrôle, on repart. Ils me posent au quartier d’Aziz. Je me dis soit ces mecs sont les grossistes de la mafia locale et ils rincent tout le monde, soit ce pays à un autre rapport entre flics et population.

La rencontre avec Aziz.

Il est un peu plus de 16H, au moins une heure et demi à attendre il faut que je tue le temps. J’ai plus de clopes, je me dirige à la station service, prends une moyenne bouteille d’eau d’un litre plus un paquet de clopes. Le pompiste me donne le prix en arabe, je comprends pas il me tape ça sur sa calculatrice : 76 dirhams !! Toi mon pote tu te fout de ma gueule. Je lui fait comprendre que c’est pas possible, le paquet de clopes c’est 32 … il me fait genre il est désolé, retape sur sa calculette, 38 dirhams. L’enfoiré voulait me faire payer le double, bien tenté, désolé, on la fait pas à l’envers au Slim.

Je marche jusqu’en bord de mer, m’assoit à l’ombre d’un mur et me fume une petite clope. Les gens passent autour de moi, personne ne prête attention à moi. L’espace d’un instant je vérifie que j’ai pas à mon doigt l’anneau qui a perdu de nombreux Sacquet, mais non rien, je ne suis pas invisible. C’est assez incroyable pour moi mais après m’être habitué a ce qu’on m’aborde toutes les deux minutes, pour me vendre un truc ou me demander de la thune, ça m’a paru étrange. Déjà le matin personne ne m’a abordé, et à part cet épisode avec le pompiste, on a pas essayer de me rouler dans la farine à Dakhla, ou on l’a fait avec douceur et j’ai rien senti passé … Une fois mon clope fumé, je me pose dans un bar et bois quelques cafés en attendant Aziz. Il n’arrivera qu’à 19H. Il s’excuse et m’emmène chez lui ou je passerais la nuit. On boit le thé traditionnel, on discute un peu, un ami à lui passe, un français qui travaille sur Dakhla, sa femme passe, une française. On blablate un peu puis Aziz m’emmène voir les chauffeurs mauritanien dans le centre. On trouve un chauffeur, 500 dirhams le trajet jusqu’à Nouakchott. Apparemment c’est le prix. Ça me paraît correct. Aziz me dit de me méfier de tout le monde durant le trajet, même du chauffeur… rassurant !

Mr Saïd

On croise un ami d’Aziz qui bosse dans un hôtel juste à coté des chauffeurs mauritanien. On négocie une chambre à 70 dirhams la nuit. Je viendrais y dormir dés le lendemain. Ensuite on part manger en ville au French Burger, un petit burger du coin tenus par des frère musulman partis de France s’installer à Dakhla. J’y est tellement bien mangé que ça deviendra mon point de chute. On a vraiment bien sympathiser au fil des jours. Si jamais vous passer dans le coin demandez un « Tacos de Lyon », la spécialité du Slim ! C’est pas sur la carte et ça marche avec n’importe quel sandwich en fait, c’est juste qu’ici les gens aiment les frites à part, mais nous les lyonnais on à la réputation du Tacos. Je me rends compte en écrivant ces lignes que moi qui était devenu à 99 % végétarien, je suis redevenu un mangeur de cadavres. En même temps ici la viande court dehors, c’est bio et personne le gueule sur tous les toits, c’est la norme !

French Burger in Dakhla

Nos tacos engloutis, on rentre et je vais me coucher après une bonne douche bien chaude, en n’oubliant de passer une petite heure à écrire mes articles. Vous avez vu je vous bichonne !

Petit déjeuner atypique

Ce samedi matin je me réveille assez tôt. En attendant que le reste de la maison se réveille je tapote encore sur mon PC. Vers 10H j’entends du bruit et je sors du lit. Aziz est en train de préparer le petit déj. Du thé et une assiette remplie d’huile d’olive que fait sa famille et de la confiture qui fait comme une île orange au milieu de cette mer verdâtre. Je suis surpris, on mange ça en trempant le pain dans l’huile d’olive puis dans la confiture. Le premier morceau de pain ça fait bizarre, c’est un mélange plutôt inattendu, mais j’avoue que je me suis régalé.

Dakhla Roof

Le petit déj avalé Aziz m’emmène à l’hôtel des pyramides. Le patron s’appelle Saïd, c’est un homme fort sympathique. Il me loue une petite chambre avec l’eau chaude dans la douche. L’hôtel est très propre et Saïd est au petit soins. Il me demande si je veux attendre avant de partir, des amis à lui sénégalais devraient faire le voyage en début de semaine prochaine, mardi ou mercredi. Il me dit que ce sera mieux que de passer par un chauffeur mauritanien. Pourquoi pas. Je déballe mes affaires et vais faire un petit tour en ville. Je visite un peu, prends quelques photos, et avec la chaleur j’ai envie de faire une sieste. De toute façon à Dakhla les commercent n’ouvrent pas avant 11H et généralement tout le monde fait la sieste entre 13H et 17H …

L'afrique est en face

La jeunesse de Dakhla

Chemin faisant je me fait abordé par deux gars dont j’ai oublié le nom. Je m’en excuse, mais à force de prendre du retard sur les articles beaucoup de choses disparaissent de mes souvenirs tellement ce que je vois chaque jour est riche en information et en réflexion. Donc je rencontre ces deux mecs, dans la vingtaine, on discute un peu le long du chemin, eux se dirigent à la lagune pour se baigner. Ils me proposent de venir avec eux. Je retourne à mon hôtel me changer, je pars avec le strict nécessaire pour la baignade et rejoins mes deux nouveaux potes. On passe une super après midi à plonger d’un vieux tuyaux qui se jette dans la lagune. Après s’être défier en plongeons et en sauts périlleux on se cherche un petit coin tranquille pour fumer un peu. On voit un couple d’amoureux dans ce petit recoin de la plage. Tous les deux habillés en vêtement traditionnel, le visage couvert, ils trempent leurs pieds dans l’eau en discutant. À notre arrivée ils se lèvent et partent. On les a déranger. On m’explique qu’ici il n’est pas bien vu pour un homme et une femme non mariés de discuter ensemble, alors on se cache pour faire connaissance. Quand je leur apprends qu’en France les gens se tiennent par la main, s’embrasse dans la rue ils sont hallucinés. Ils sont pas sur de vouloir autant de liberté, ce n’est pas un comportement digne. Pourtant mes nouveaux potes sont habillés à l’européenne, short, t-shirt, casquette. Le soir ils vont draguer les filles mais ils les retrouvent dans des garçonnières qu’ils se partagent, à l’abri des regards, par respect pour leurs ainés. Ils me disent qu’ils font de la musique, du rap ! On se met à rapper tous les trois sur la plage, moi en français eux en arabe, ils alternent le beat box pour faire le rythme. On se sépare vers 18H, ils me proposent de les rejoindre à 19H30 dans un bar de la ville ou on regardera la final de la league des champions ! Le foot c’est pas mon truc mais bon, pourquoi pas. Je rentre à mon hôtel chez Mr Saïd et me prends une douche. Je discute un peu avec le patron de l’hôtel et je loupe l’heure du rendez vous. J’arrive là bas à 20H. Le bar est blindé, il y a trois écran et tout le monde regarde le match dans une ambiance très cosmopolite. Arabes, africains, sahraouis blancs ou noirs, et moi le seul européen. Cette mixité je ne l’ai trouvée qu’à Dakhla. Le reste du Maroc c’est différent, les gens se mélange moins. Le racisme n’est pas visible mais il se ressent quand même parfois, surtout envers les africains et les sahraouis noirs.

L'afrique est en face

Je n’est pas retrouvé mes amis, il faut être ponctuel et ça j’ai du mal. Je regarde donc la première mi-temps, en espérant peut être les voir quand chacun sortira fumer sa cigarette, mais non. Je ne les reverrais pas mais ça été une très belle rencontre. Impossible de les retrouver par la suite, dommage, je devais assister à une répète de leur groupe, Zayhin. Il m’ont dit que ça voulait dire « heureux », mais pas un peu heureux, « heureux, heureux, heureux et encore plus ».

Dimanche, lundi tranquilles.

Le dimanche et le lundi je passe beaucoup de temps à écrire les articles sur mon voyage au Maroc et à les poster sur internet. Ça fait vraiment plaisir de lire vos commentaires, je n’y est pas répondu car je passe déjà tellement de temps à écrire les articles, les poster, prendre des nouvelles par skype ou messenger ou envoyer des mails. Et je perds encore plus de temps à lire ce qui se passe en France. J’arrive pas à me détacher de cette actualité. Ici encore les gens en parle et comme on est dans un territoire plus hostile à la politique française en Afrique que le nord du Maroc, les gens peuvent se lâcher parfois ! Je vous ai mis un petit exemple un peu plus loin, le plus frappant on va dire

Dakhla by night

Je me suis aussi baladé dans la ville mais je n’ai pas fait tant de rencontre que ça. Dakhla n’est pas très touristique, les européens s’enferment dans leurs camps d’européens à K25 et n’en sortent que très rarement pour aller dans les quelques bars et boites à touristes de la ville, pour payer tout encore plus cher qu’en France. Je m’interroge beaucoup sur le projet de ces touristes. À quoi ça sert de partir à l’autre bout du monde, pour rester entre soit et se faire allumer sur les prix. Est-ce la peur, l’islamophobie grandissante sur notre territoire, la stupidité ? Je n’ai malheureusement pas la réponse mais je trouve ça tellement dommage. C’est tellement important de faire des rencontres. Les gens sont gentils pourtant. Quand ils sont trop pollués par les touristes ils deviennent un peu collant et estime que tu leur doit quelque chose, mais à Dakhla c’est l’inverse. Quand tu aborde les gens ils te répondent par politesse mais ne souhaitent pas pousser forcément plus loin la relation. C’est dommage aussi, mais pour le coup les quelques rencontres que tu fait sont tellement plus vraies.

Dakhla Roof

Quenelle sauce Harissa

Petit exemple, un soir je sirote un café au bar, au pied de l’hôtel, quand rentre deux sahraouis. Ce sont des mauritaniens et l’un d’eux s’approche de moi, s’assoit juste à coté de moi et commence à me dévisager avec insistance. Le mec à la gueule d’Hugo Chavez imité par Dieudonné, et rien qu’à ce moment là je sent un fou rire se répandre depuis le fond de mon bas ventre jusqu’à ma gorge, j’imagine le sketch et dans quelques instant il va se dérouler devant mes yeux :

« – Salamalekoum

– Malekoum salam, toi venir d’où ?

– De Lyon en France, tu co…

– France ? Méchant pays ça France, très méchant pour Afrique !

– Oui je sais mais c’est pas forcément la France, c’est surtout nos dirigeants qui …

– Tu connais François ? François Hollande très méchant, homme dangereux.

– Nous en France on pense qu’il est plutôt mou et inactif mais …

– Tu t’appelle Charlie ? Ahaha !

– Heu … Non, moi c’est Slim

– Tu connais Charlie ? Ahahaha !

– Euh oui bien sur, mais moi je ne suis pas Charlie, je suis Slim.

– Charlie très méchant avec Islam, moi je coupe la tête !

– Non mais je suis pas Charlie moi, je suis Slim. Je ne suis plus Charlie depuis qu’on à volé le journal au professeur Choron … (petite note d’humour que ne comprendra pas mon interlocuteur)

– … hmmm … C’est qui ça professeur, tu essaye de mentir moi ?

– Laisse tomber, tu sais tous les français ne pensent pas la même chose. Moi je ne suis pas d’accord avec Charlie, et je ne suis pas le seul en France tu sais.

– France mauvais pays, pays dangereux, toujours se mêler de nos affaires. François Hollande ? moi je coupe la tête !

(Putain pélot, tu tournes en boucle, faut que j’abrège la conversation)

– Tu sais en ce moment beaucoup de français n’aiment pas François Hollande. Peut être c’est la révolution en France, alors peut être qu’après la France deviendra un bon pays pour l’Afrique

– Ahahaha ! Toi malin, toi français, toi sheitan blanc. Si toi te mêler de mes affaires moi je coupe la tête à toi !

– Moi je m’occupe déjà de mes affaires et c’est assez compliqué comme ça. Regarde t’en vois beaucoup des français ici ? Ils sont tous à K25 et préfèrent rester entre eux. Tous les français ne sont pas les mêmes, je suppose que les sahraouis c’est pareils non ?

– Sahraouis coupe la tête si tu te mêle de nos affaires.

– …

– Tu comprends ce que je dis ?

– Oui, mais apparemment toi non. Je ne suis pas Charlie, je ne suis pas François, je suis Slim et je ne cautionne pas les actions de mon pays en Afrique ou ailleurs dans le monde. Et je t’assure qu’en France on est nombreux comme ça. En plus je pars bientôt pour la Mauritanie, histoire de visiter. Après je vais au Sénégal et …

– Toi touriste ?

– Euh … si on veut, mais pas touriste comme ceux de K25, touriste avec mon sac à dos

– Ah toi nomade moderne.

– Tu connais Moubarak ?

– C’est qui ?

– C’est un ami à moi Sahraoui que j’ai rencontré à Sidi Ifni, il m’a dit pareil, que j’étais un nomade moderne. Il habite sur Dakhla aussi, tu le connais ?

– Non ! Toi aller Mauritanie ?

– Oui

– Toi cherche un chauffeur ?

– Non monsieur Saïd m’a trouver un chauffeur.

– Tu connais monsieur Saïd ?

– Oui c’est mon ami.

– Toi tu connaît beaucoup de monde pour un français.

– Ben t’as vu j’aime discuter … »

On parlera encore cinq bonnes minutes de sujet plus banaux comme la découpe des cartes par l’occident lors de la décolonisation où l’indépendance du Sahara Occidental refusée par le roi du Maroc. Puis finalement son ami ayant fini son thé ils sont repartis chacun dans leur merco à attendre un éventuel client.

Porter l'uniforme avec style

C’est aussi ça la magie des rencontres, ça parait chaud, j’avoue que j’étais content d’être à deux pas de l’hôtel et de connaître quelques têtes autour, mais finalement tout c’est très bien passé … comme quoi, même le chauffeur mauritanien coupeur de tête ça se gère …

La rencontre de mes passeurs sénégalais.

Dakhla by night

Lundi soir en rentrant à l’hôtel Mr Saïd me préviens que ses amis sont arrivés, ils sont sortis mangé mais il me les présentera à leur retour. Leur chambre est voisine de la mienne. Je rencontre Papis et Samba, deux franco-sénégalais qui font la route avec Kader, un ami à eux franco-marocain. Ils descendent une voiture et un camion frigorifique qu’ils vont vendre au Mali. Ils se proposent de me descendre jusqu’à Nouakchott. Le départ est prévu demain matin. On passe une partie de la soirée ensemble pour les préparatifs et faire connaissance. Ensuite on va se coucher car un long voyage nous attends demain. Direction la Mauritanie, l’épopée sauvage de ce voyage.

Paix et Amour

Slim Sacquet

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3 commentaires

  1. Bambi
    17 juin 2016
    Répondre

    C’est super de lire toutes tes aventures, car c’est vraiment l’aventure ! 🙂
    Gros bisous mon « Slim » 😉

  2. Naka
    23 juin 2016
    Répondre

    Yo le slim sacq……..ouai non je t’appellerai slim de maximy maintenant . J’irais m’faire archi chez vous lol .Bon content que ca se passe pour toi l’frero et que tu rencontres du monde . Alors comme ca t’aime la police maintenant ? C’est beau mdrrr . Par contre pas sur qu’il soient aussi cool avec les gens du coin . Mais tant mieux , pour une fois on va pas se plaindre hein ?! C’est mortel de te lire continue tes recits slim de maximy , prends soin de toi , et comme d’hab mm si y a de bonnes vibes hendek .

    Big Up

  3. Giloud
    1 juillet 2016
    Répondre

    Super trip ! Je prends l’aventure en route mais je te « quitte » plus 😉

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